• Devenir De

                                                                       MICHELLE OBAMA .

                                                        À tous ceux qui m’ont aidée à devenir :

                                                   les membres de ma famille qui m’ont élevée,
                                                Fraser, Marian, Craig, et ma grande famille élargie ;

                                  mon cercle de femmes puissantes, qui nourrissent mon optimisme ;

                                     mon équipe loyale et dévouée, qui continue de faire ma fierté.

                                                                           ________

                                                                 Aux amours de ma vie :

                                             Malia et Sasha, mes deux trésors les plus précieux,
                                                               qui sont ma raison d’être ;

                                  et, enfin, Barack, qui m’a toujours promis un voyage intéressant.

    Michelle Obama s’est imposée, au cours d’un parcours exemplaire, comme l’une des figures les plus remarquables de notre époque. Devenir retrace le parcours intime d’une femme de caractère qui a toujours su aller au-delà de ce qu’on attendait d’elle – une histoire qui nous encourage à faire de même.

    Préface Mars 2017                   ***********************************************

    À tous ceux qui m’ont aidée à devenir : les membres de ma famille qui m’ont élevée, Fraser, Marian, Craig, et ma grande famille élargie ; mon cercle de femmes puissantes, qui nourrissent mon optimisme ; mon équipe loyale et dévouée, qui continue de faire ma fierté. ________ Aux amours de ma vie : Malia et Sasha, mes deux trésors les plus précieux, qui sont ma raison d’être ;

    Quand j’étais petite, mes désirs étaient simples. Je voulais un chien. Je voulais une maison avec des escaliers – deux étages pour une seule famille. Je voulais, allez savoir pourquoi, un break à quatre portières à la place de la Buick deux portes qui faisait la joie et l’orgueil de mon père. Je disais à qui voulait l’entendre que, quand je serais grande, je serais pédiatre. Pourquoi ce choix ? Parce que j’aimais bien les enfants et que j’avais rapidement compris que c’était une réponse qui plaisait aux adultes. Oh, médecin ! Quelle bonne idée ! En ce temps-là, j’avais des nattes, je menais mon grand frère à la baguette et je me débrouillais toujours pour avoir de bonnes notes en classe. J’étais ambitieuse, sans vraiment savoir à quoi j’aspirais. Je crois d’ailleurs que c’est une des questions les plus bêtes qu’un adulte puisse poser à un enfant : Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ? Comme si on cessait un jour de grandir. Comme si, à un moment donné, on devenait définitivement quelqu’un, et qu’alors tout devait s’arrêter.
     
    À ce jour, j’ai été avocate. J’ai été vice-présidente d’un hôpital et directrice d’une association qui aide les jeunes à s’engager dans des carrières sérieuses. J’ai été une jeune fille noire d’origine modeste, étudiante dans une université prestigieuse fréquentée majoritairement par des Blancs. J’ai été la seule femme, la seule Afro-américaine, dans beaucoup de contextes différents. J’ai été une épouse, une jeune maman stressée, une fille affligée. Et, jusqu’à une date récente, j’ai été  avocate. J’ai été vice-présidente d’un hôpital et directrice d’une association qui aide les jeunes à s’engager dans des carrières sérieuses. J’ai été une jeune fille noire d’origine modeste, étudiante dans une université prestigieuse fréquentée majoritairement par des Blancs. J’ai été la seule femme, la seule Afro-américaine, dans beaucoup de contextes différents. J’ai été une épouse, une jeune maman stressée, une fille affligée. Et, jusqu’à une date récente, j’ai été  première dame des États-Unis d’Amérique – un métier qui n’en est pas un officiellement, mais qui m’a offert une tribune dont je n’aurais jamais pu rêver. Ce métier m’a mise au défi et m’a appris l’humilité, m’a exaltée et abattue, parfois tout cela en même temps. Je commence à peine à assimiler ce qui s’est passé au cours de ces dernières années – entre le moment, en 2006, où mon mari a évoqué pour la première fois l’idée de se présenter à la présidence et le froid matin d’hiver où je suis montée à bord d’une limousine avec Melania Trump pour l’accompagner à l’investiture de son mari. Quel voyage !

    Quand on est première dame, l’Amérique se révèle à vous dans tous ses extrêmes. J’ai participé à des collectes de fonds dans des demeures particulières qui ressemblaient à des musées, dans des maisons où les baignoires étaient faites de pierres précieuses. Je suis allée voir des familles qui avaient tout perdu à cause de l’ouragan Katrina, et qui pleuraient de reconnaissance simplement parce qu’elles avaient un réfrigérateur et une cuisinière en état de marche. J’ai fait la connaissance de gens superficiels et hypocrites, mais aussi de personnes – des enseignants, des femmes de militaires et tant d’autres – qui m’ont éblouie par la profondeur et la solidité de leur détermination. Et j’ai rencontré des enfants – de très nombreux enfants, dans le monde entier – qui m’ont fait mourir de rire, m’ont emplie d’espoir, et ont réussi pour mon bonheur à oublier mon titre dès que nous avons commencé à retourner ensemble la terre d’un jardin.

    Depuis mes débuts réticents dans la vie publique, j’ai été considérée comme la femme la plus puissante du monde et dénigrée comme une « femme noire en colère ». J’ai eu envie de demander à mes détracteurs à quel élément de cette formule ils accordaient le plus de poids – « en colère », « noire » ou « femme » ? Je me suis

    forcée à sourire quand on m’a photographiée avec des gens qui traitaient mon mari de tous les noms à la télévision, mais n’en tenaient pas moins à avoir un souvenir à poser sur leur cheminée. On m’a rapporté qu’il y avait sur Internet des commentaires nauséabonds me concernant, certains allant même jusqu’à douter que je sois bien une femme et non un homme. Un membre du Congrès américain s’est moqué de mes fesses. J’ai été en colère. Mais, le plus souvent, j’ai préféré en rire.

    Il y a encore tant de choses que j’ignore au sujet de l’Amérique, de la vie, et de ce que l’avenir nous réserve. Mais je sais qui je suis. Mon père, Fraser, m’a appris à travailler dur, à rire souvent et à tenir parole. Ma mère, Marian, à penser par moi-même et à faire entendre ma voix. Tous les deux ensemble, dans notre petit appartement du quartier du South Side de Chicago, ils m’ont aidée à saisir ce qui faisait la valeur de notre histoire, de mon histoire, et plus largement de l’histoire de notre pays. Même quand elle est loin d’être belle et parfaite. Même quand la réalité se rappelle à vous plus que vous ne l’auriez souhaité. Votre histoire vous appartient, et elle vous appartiendra toujours. À vous de vous en emparer.

    J’ai passé huit ans à la Maison-Blanche, où il y a plus d’escaliers que je n’en saurais compter – sans parler des ascenseurs, du bowling et du fleuriste. J’ai dormi dans des draps italiens, pris des repas préparés par une équipe de chefs de renommée internationale et servis par des professionnels mieux formés que le personnel de n’importe quel restaurant ou hôtel cinq étoiles. Des agents impassibles du Secret Service montaient la garde devant notre porte avec leur arme et leur oreillette, en s’employant à empiéter le moins possible sur la vie privée de notre famille. Nous avons fini par nous habituer à tout cela – à l’étrange magnificence de notre nouveau foyer et à la présence constante, silencieuse, d’étrangers.

    C’est à la Maison-Blanche que nos deux filles ont joué au ballon dans les couloirs et grimpé aux arbres de la pelouse sud. C’est là que Barack a veillé tard le soir, penché sur des dossiers et des ébauches de discours dans la salle des Traités, là aussi qu’il est arrivé à Sunny, un de nos chiens, de s’oublier sur un tapis. Du balcon Truman, je pouvais voir les touristes se prendre en photo avec leurs perches à selfies et jeter un coup d’œil à travers la grille en fer forgé, cherchant à deviner ce qui se passait à l’intérieur. Tantôt, toutes ces fenêtres fermées par mesure de sécurité et l’impossibilité de respirer un peu d’air frais sans que cela fasse toute une histoire m’étouffaient. Tantôt, les magnolias blancs en fleur au-dehors, l’effervescence quotidienne des affaires du gouvernement ou la majesté d’une cérémonie militaire m’émerveillaient. Il y a eu des jours, des semaines, des mois où j’ai détesté la politique. Et il y a eu des moments où la beauté de ce pays et de ce peuple m’a laissée muette d’admiration.

    Et puis ça s’est terminé. On a beau la voir venir au long des dernières semaines pleines d’au revoir plus émouvants les uns que les autres, cette dernière journée se déroule dans une sorte de brouillard. Une main se pose sur une bible ; un serment est répété. Les meubles d’un président sont emportés tandis que ceux d’un autre arrivent. Les placards sont vidés et remplis en l’espace de quelques heures. Du jour au lendemain, de nouvelles têtes viennent se poser sur de nouveaux oreillers – d’autres personnalités, d’autres rêves. Et quand tout cela s’achève, quand vous franchissez pour la dernière fois la porte de la maison la plus célèbre du monde, il vous reste, à bien des égards, à vous retrouver.

    Permettez-moi de commencer ici par une petite anecdote récente. J’étais chez moi, dans la maison de brique rouge où ma famille a récemment emménagé et qui est située à environ trois kilomètres de notre ancienne demeure, dans une rue d’un quartier paisible. Nous étions encore en train de prendre nos marques. Dans le salon, nos meubles sont disposés comme ils l’étaient à la Maison-Blanche. De la cave au grenier, des souvenirs nous rappellent que cela a réellement en lieu – des photos de notre famille à Camp David, des pots modelés à la main que m’ont donnés des étudiants amérindiens, un livre dédicacé par Nelson Mandela. Ce soir-là, il n’y avait que moi à la maison, ce qui était inhabituel. Barack était en voyage. Sasha était sortie avec des amis. Malia vivait et travaillait à New York, où elle terminait son année de césure avant d’entrer à l’université. J’étais seule avec nos deux chiens dans une maison vide et silencieuse comme je n’en avais pas connu depuis huit ans.

    J’avais faim. Je suis sortie de notre chambre, j’ai descendu l’escalier, les chiens sur les talons. Dans la cuisine, j’ai ouvert le frigo. J’ai trouvé du pain, j’en ai pris deux tranches que j’ai glissées dans le grille-pain. J’ai ouvert un placard et j’ai sorti une assiette. Je sais que ça peut paraître bizarre, mais prendre une assiette sur une étagère sans que quelqu’un insiste pour le faire à ma place, regarder paisiblement le pain dorer dans le grille-pain, était ce qui se rapprochait le plus d’un retour à ma vie d’avant. Ou peut-être était-ce l’annonce du début de ma nouvelle vie.

    Finalement, je ne me suis pas contentée de me faire griller du pain. Je me suis préparé un sandwich au fromage : j’ai mis un gros morceau de cheddar entre mes deux toasts et j’ai placé le tout au micro-ondes. Puis j’ai pris mon assiette et je suis sortie dans le jardin. Je n’ai pas eu à prévenir qui que ce soit. Je suis sortie, un point c’est tout. J’étais pieds nus, en short. Le froid de l’hiver avait enfin cédé. Les crocus pointaient leur nez dans les plates-bandes, le long du mur du fond. L’air sentait le printemps. Je me suis assise sur les marches de la véranda, sentant sous mes pieds la chaleur du soleil de la journée qu’avait accumulée le pavage en ardoise. Un chien a aboyé au loin, et les miens ont tendu l’oreille, un temps désorientés. Je me suis rendu compte que ce bruit devait les troubler, car nous n’avions pas de voisins à la Maison-Blanche, et encore moins de chiens des voisins. Tout cela était nouveau pour eux. Alors qu’ils faisaient le tour du jardin, j’ai mangé mon sandwich dans l’obscurité, me sentant aussi délicieusement seule qu’il est possible. Je ne pensais pas au groupe de gardes armés qui se trouvait à moins de cent mètres de moi, dans le poste de commandement aménagé dans notre garage, ni au fait qu’il ne m’était toujours pas possible de me promener dans la rue sans gardes du corps. Je n’ai pas songé au nouveau président ni, d’ailleurs, à l’ancien.

    Je me suis simplement dit que, quelques minutes plus tard, j’allais rentrer dans ma maison, laver mon assiette dans l’évier et monter me coucher. Peut-être ouvrirais-je une fenêtre pour laisser entrer l’air printanier – quelle volupté ! Je me suis dit aussi que ce calme m’offrait la première véritable occasion de prendre du recul et de réfléchir. Quand j’étais première dame et que je parvenais au terme d’une semaine trépidante, j’avais besoin qu’on me rappelle comment elle avait débuté. Mon appréciation du temps commence cependant à changer. Mes filles, qui ont emménagé à la Maison-Blanche avec leurs Polly Pockets, un doudou baptisé Blankie et un tigre en peluche appelé Tiger, sont à présent des adolescentes, des jeunes femmes avec chacune leurs projets et leur voix pour se faire entendre. Mon mari s’adapte à sa vie d’après la Maison-Blanche, il reprend son souffle. Et me voilà, moi, dans cette nouvelle maison, avec tant de choses à dire.

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    Il y a une suite un livre très intéressant

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  • Commentaires

    3
    Jeudi 14 Mars à 10:18

    Bonjour Julia

    Merci pour le partage , c'est vraiment très émouvant yes!

    Je te souhaite une très bonne journée.

    Gros bisous

    2
    Mardi 12 Mars à 15:43

    Très long à lire mais j'avais tout mon temps, j'ai mis tout le monde à porte aujourd'hui !

    Bisou

    1
    Mardi 12 Mars à 11:39

    Un texte très émouvant, merci.

    J'ai particulièrement apprécié les trois derniers paragraphes (l'anecdote ...)  qui est le début d'une nouvelle vie.
    Bonne journée Julia.
    Bises 

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